Les  types de houles touchant La Réunion

Le vent soufflant sur une surface océanique crée des vagues de hauteur et de direction variables, que les marins appellent "mer du vent". En se propageant, ces vagues se regroupent en trains de vagues à l'aspect plus régulier qui constituent la houle. Cette dernière se propage sur des distances très importantes, parfois plusieurs milliers de kilomètres.
La houle est caractérisée en première approximation par sa longueur d'onde (distance entre les crêtes de deux vagues successives) ou sa période (laps de temps qui sépare le passage de deux crêtes successives), puis par sa direction et sa hauteur. La houle s'amplifie au voisinage de la côte et lorsque la profondeur diminue. Elle peut alors atteindre plusieurs mètres et déferler. Mais en matière de dégâts occasionnés, la période est aussi importante que la hauteur car la vitesse des vagues (donc leur énergie) augmente avec la période.
La mer du vent est levée par un vent local alors que la houle est levée par un vent lointain. La houle est d'autant plus forte que le vent souffle fort et longtemps sur une surface importante (fetch). Elle a une période nettement plus longue que celle de la mer du vent. Sa propagation, indépendante du vent local, fait qu'elle peut frapper perpendiculairement le rivage, au contraire de la mer du vent généralement levée par les alizés soufflant parallèlement à la côte.
Plusieurs "trains de houle", générés dans des zones différentes, peuvent se combiner en s'amplifiant ou en s'atténuant. Plus fréquemment, une houle peut se superposer à une mer du vent local, plus courte et généralement de direction différente. On parle alors de "mers croisées".
La Réunion est intéressée par trois catégories de houles  :
• les houles d'alizés, petites à modérées et de courte période, résultent de vents établis de secteur est à sud-est. Elles affectent principalement les côtes nord, est et sud de l'île et épargnent habituellement la côte ouest ;
• les houles cycloniques, générées par les tempêtes et cyclones tropicaux, sont en revanche de grandes houles. Compte tenu de la climatologie des trajectoires des cyclones aux alentours de La Réunion, ces houles concernent principalement les côtes nord et est de l'île. La surcote associée au cyclone est un phénomène qui peut amplifier les dégâts occasionnés ;
• les houles australes, modérées à fortes, sont de grande longueur d'onde. Elles sont caractérisées par des périodes comprises entre 12 et 20 secondes. Elles sont générées par les tempêtes des moyennes latitudes (40èmes et 50èmes Sud), et se propagent vers le nord-est sur de très longues distances. Elles n'affectent que les côtes ouest et sud de l'île et peuvent engendrer des dégâts comparables à ceux occasionnés par les houles cycloniques.
type houle
Les houles ont un impact important sur les côtes et induisent une érosion du littoral. Elles peuvent occasionner des inondations dans les zones habitées très proches du littoral. Autre phénomène, lors d'une progression marégraphique vers une forte marée, conjuguée à un flux de sud-ouest (occasionné par une forte dépression située vers le sud de Madagascar), on observe un sur-remplissage des bassins de la région Ouest, et notamment de Port-Ouest avec apparition d'oscillations de type "seiches". Cela provoque des mouvements d'eau importants dans les bassins, allant jusqu'à empêcher toute tenue à quai des navires qui rentrent eux-mêmes en oscillation.

Les houles cycloniques

Dans le cas d'un cyclone tropical, la zone de violente tempête étant géographiquement très limitée, les vagues échappent à l'action du vent avant de s'être pleinement développées et leur hauteur significative reste souvent inférieure à 10 mètres. Toutefois, dans certains cas, des cyclones "ordinaires" comportant des vents de 130 km/h peuvent, s'ils se déplacent assez rapidement, donner naissance à des vagues de hauteur exceptionnelle. En effet, comme la vitesse de propagation des vagues est égale à 1,5 fois la période, si le cyclone se déplace dans la même direction et à la même vitesse, alors il accompagne ces vagues qui n'échappent plus à l'influence du vent et qui continuent donc à se développer.
En pratique, les houles les plus fortes se rencontrent dans le quadrant où le vent souffle parallèlement à la trajectoire du cyclone. Mais la houle cyclonique est perceptible bien à l'avant du cyclone (jusqu'à 1000 km du centre) puisque les trains de vagues de longues périodes se déplacent plus vite que le phénomène générateur. Pour la côte nord-est de La Réunion, ce sont les cyclones en provenance du nord ou nord-est qui sont susceptibles d'amener les houles les plus hautes. Ce sont d'ailleurs les cas les plus fréquents.
Exemple de GAMEDE (février 2007)
Du 23 février au 2 mars, la houle cyclonique générée par GAMEDE a intéressé, à un moment ou à un autre, tout le littoral allant de Saint-Philippe à Saint-Gilles en passant par Saint-Denis. Le graphique montre l'évolution des hauteurs maximales de houle au cours de cette période. Lors du premier passage au plus près de GAMEDE, c'est la houle en provenance de l'est-nord-est qui frappe les côtes est et nord, de Saint-Philippe au Port.
Le premier maximum, de 8,6 mètres, est enregistré à proximité de la Pointe du Gouffre en fin de journée du 24, alors que les hauteurs sont beaucoup plus faibles vers Port-Est et Port-Ouest qui sont, du fait de la direction générale de la houle, relativement à l'abri de l'île.
brise de terre Réunion
Dans la journée du 25 et surtout celle du 26, la provenance de la houle tourne petit à petit au nord. Au fil du temps la houle pénètre alors plus franchement sur Port-Est puis Port-Ouest. On observe des creux de 6 à 8 mètres. Il est probable que la houle commence à toucher la baie de Saint-Paul dans la nuit du 25 au 26, tandis qu'elle devient moins sensible au sud de Sainte-Rose.
La houle de provenance nord atteint son maximum dans la soirée du 27 avec 11,7 mètres mesurés sur le houlographe de la Pointe du Gouffre, 10,9 mètres à Port-Est et 8,9 mètres à Port-Ouest. Toute la côte nord, et notamment la baie de Saint-Paul, subit alors l'assaut des vagues de plein fouet. Ce paroxysme correspond au deuxième passage au plus près de GAMEDE.
Le 28, avec l'éloignement de GAMEDE vers le sud-ouest, la houle commence enfin à s'amortir lentement. Elle ne disparaît vraiment que dans la journée du 2 mars.
Hauteurs maximales de houle cyclonique depuis 1993 sur le Nord de La Réunion
Le tableau ci-contre présente les évènements avec mer très forte (hauteur significative supérieure à 4 m) qui se sont produits depuis 1993, date depuis laquelle nous disposons de mesures sur la zone côtière nord allant du Port à Sainte-Marie. Les fortes houles qui frappent cette zone sont toujours liées au passage à distance plus ou moins proche de La Réunion de tempêtes ou cyclones tropicaux. Pour le cas de DINA, on a estimé par modélisation que la hauteur significative a dû atteindre les 10 mètres et la hauteur maximale les 14 mètres.
houle cyclonique
Sur la période pour laquelle nous disposons de données, les valeurs relevées à l'occasion du passage de GAMEDE sont les plus fortes qu'on ait jamais mesurées. Les estimations réalisées pour DINA sont plus élevées, mais il est à noter que pour ce cas, vu la trajectoire du système, le maximum d'intensité de la houle a dû se produire pour une direction d'est à nord-est. Les valeurs qui auraient été mesurées par les houlographes auraient été alors moins élevées.

Les houles australes

En moyenne, 17 houles australes par an touchent La Réunion (période : 1976-1987). Plus de 50 % de ces houles se produisent au cours des 4 mois d'hiver, de juin à septembre, siège des violentes tempêtes hivernales de l'hémisphère sud. Dans ces tempêtes, la zone des vents forts étant étendue, l'action du vent sur les vagues est de grande durée. Les houles australes transportent donc une quantité d'énergie importante et peuvent de ce fait provoquer de gros dégâts sur les côtes.

Houle australe de mai 2007
Le 10 mai, une dépression à 969 hPa, située au sud de l'Afrique du Sud, vers 46° Sud, se creuse en se déplaçant vers l'est (figure du haut). À l'arrière du front froid associé, le flux est orienté au sud-ouest. Cette tempête est à l'origine de la houle qui atteint les côtes ouest et sud de La Réunion en fin d'après-midi du 12 mai.
Le 12 mai, cette dépression qui s'est creusée à 946 hPa se trouve au sud des îles Kerguelen et s'évacue vers le sud-est (figure du bas). Une seconde dépression à 969 hPa, située par 50° Sud et 27° Est, génère sur sa face nord un flux rapide d'ouest-sud-ouest par effet de gradient avec l'anticyclone à 1026 hPa centré sur l'Afrique du Sud. Elle est à l'origine du second train de houle qui touche La Réunion dans la nuit du 14 au 15 mai 2007.
Le graphique ci-contre montre l'évolution du 12 au 15 mai de la période et des hauteurs de houle à Saint-Pierre. On observe une augmentation rapide de la hauteur significative de la houle qui passe de 1,6 m le 12 mai à 15h à 5,5 m à 19h. Cette augmentation de la hauteur est précédée d'une augmentation encore plus rapide de la période de la houle qui passe de 12 secondes à près de 18 secondes en seulement 3 heures. La hauteur significative de la houle se maintient ensuite entre 4 et 6 mètres jusqu'au 13 mai après-midi, puis diminue lentement. La hauteur maximale absolue est de 11,3 m le 12 mai à 23h. Le second train de houle est bien visible dans la nuit du 14 au 15 mai avec toutefois des valeurs mesurées moins importantes. Les houlographes de Port-Est et de la Pointe du Gouffre ont restitué des valeurs beaucoup moins élevées, confirmant ainsi une direction générale de la houle de provenance sud-ouest, qui met à l'abri tout le littoral nord, nord-est et est.

houle du 10052007

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houle australehoule du 12052007

Hauteurs maximales de houle à St-Pierre
Le tableau ci-contre indique les valeurs les plus fortes observées à Saint-Pierre depuis 1998. Ce tableau ne distingue pas les cas de houles (australes, d'alizés ou cycloniques) des cas de mer du vent ou des cas imbriquant houle et mer du vent. L'épisode du 12 juillet 2006 où l'on a mesuré la hauteur la plus importante (13,2 m de hauteur maximale) a été identifié clairement comme un cas de mer du vent car la période moyenne des vagues est restée inférieure à 10 secondes durant tout l'épisode et on a enregistré ce jour-là un alizé très fort d'est-sud-est parallèle à la côte (101 km/h en pointe). La valeur de 11,3 m relevée le 12 mai 2007 est donc la plus forte enregistrée pour un cas de houle australe depuis 1998.
hauteur houle
Il est à noter que la houle mesurée lors du passage de GAMEDE par le houlographe de la Pointe du Gouffre (11,7 m de maximum absolu) avait une période bien plus faible, de l'ordre de 10 à 12 secondes.
En mai 2007, les littoraux des communes de Saint-Paul à Saint-Pierre ont donc bien subi une situation inhabituelle compte tenu de la direction de la houle et de sa force (période proche de 18 secondes).