Paramètres météorologiques observés pendant l'éclipse du 1er septembre 2016 à La Réunion

Animation satellite (MSG3) dans le canal visible haute résolution , le 1er septembre de 08TU (12 heures locales Réunion) à 12TU (16 heures locales Réunion).

Dans le canal visible (voir le dossier complet sur les satellites météorologiques), l'imageur " voit " à peu près ce que verrait l'œil humain : la lumière solaire réfléchie par la surface terrestre ou les nuages. Plus les nuages sont épais, plus la réflexion est forte et plus l'image est blanche. Ce canal n'est utilisable que lorsqu'il fait jour sur la Terre. Remarquez la tâche sombre qui se déplace du Canal du Mozambique au sud-est des Mascareignes sur l'animation du 1er septembre.

 

 

 

 

Impact de l'éclipse sur l'évolution de différents paramètres atmosphériques

Le 1er septembre 2016, l'éclipse annulaire de Soleil à la Réunion a eu un impact sur l'évolution de différents paramètres atmosphériques mesurés par les instruments de Météo-France.

L'éclipse a débuté vers 12h20. Le maximum d'occultation (94%) est survenu aux alentours de 14h10. Puis l'éclipse a pris fin vers 15h45. Sur les graphes suivants (cliquer sur les vignettes pour agrandir les graphes dans une nouvelle fenêtre), la bande jaune correspond à la période de l'éclipse et la ligne rouge au maximum d'occultation.

Pour illustrer les conséquences de ce phénomène astronomique sur le temps sensible, on utilise les données des stations situées dans la bande de centralité de l'éclipse.

 

Le rayonnement global

Le pyranomètre de Pierrefonds-Aéroport a enregistré une baisse significative du rayonnement solaire global, comme le montre la figure 1 (pour avoir l'heure locale à la Réunion, il faut ajouter 4h aux heures UTC indiquées sur le graphe). La baisse est devenue sensible vers 12h50, soit environ 30 minutes après le début du phénomène. Le minimum d'énergie solaire reçue pendant la période d'occultation correspond exactement au paroxysme de l'éclipse à 14h10. La valeur mesurée est alors égale à seulement 3 à 4% de la valeur normalement mesurée à cette heure. Puis, à mesure que la Lune s'est effacée, la quantité d'énergie reçue par le capteur a rapidement augmenté pour atteindre des valeurs normales. Les passages nuageux expliquent les quelques baisses ponctuelles relevées en dehors de la période de l'éclipse.

La température

L'énergie solaire reçue diminuant, les différentes couches de l'atmosphère se sont refroidies. La sonde de température de Pierrefonds-Aéroport, située dans l'abri météorologique à environ 1m50 au-dessus du sol, a enregistré une baisse notable de la température, comme le montre la figure 2. D'ordinaire, vers 13-14h, la température atteint son maximum journalier. Durant l'éclipse, de 14h11 à 14h18, soit au maximum d'occultation et pendant une petite dizaine de minutes, la température a atteint un minimum relatif de 21,0°C, soit 3,0°C de moins qu'au début du phénomène astronomique.

Un peu plus haut, à la Plaine des Cafres (figure 3), c'est une chute d'environ 6°C qui a été enregistrée (avec un minimum mesuré de 9,5°C à 14h30).

Si l'on revient à Pierrefonds-Aéroport, avec la température mesurée très près du sol (à 10 cm), c'est une chute de 11°C que l'on enregistre (figure 4). Ce capteur n'étant pas situé sous abri météorologique, il est donc exposé au soleil, et c'est finalement peut-être plus représentatif de la différence de température qui aura été ressentie par les nombreux réunionnais qui ont pu observer cette éclipse annulaire.

L'humidité

Conséquence de la chute de température, le taux d'humidité relative a provisoirement augmenté, par exemple de 25% à la Plaine des Cafres (figure 5). Le minimum d'humidité (62%) a eu lieu à 12h18 juste avant le début de l'éclipse. Puis l'humidité a augmenté progressivement jusqu'à 14h30 (87%), quelques minutes après le maximum d'occultation. Elle a ensuite diminué de nouveau jusqu'à 16h et repris des valeurs normales.

Le vent

Sur les régions exposées aux alizés (côtes nord et sud), le vent a soufflé fort avant, pendant et après l'éclipse. On a juste mesuré une légère atténuation de la force du vent à Pierrefonds-Aéroport. Les rafales étaient en moyenne de l'ordre de 70 km/h vers 13h, puis de 60 km/h jusqu'à 14h10, et de 50 km/h ensuite avec un minimum ponctuel à 39 km/h à 14h51. Les valeurs sont ensuite remontées à 58 km/h pour le reste de l'après-midi (seuil minimal de vent fort). La direction du vent n'a quant à elle pas ou peu changé, d'Est-Sud-Est avant l'éclipse elle est progressivement passée à Sud-Est pendant le phénomène.

Dans les Hauts, à Cilaos par exemple, les pentes des hauts reliefs étant moins ensoleillées pendant l'éclipse, les brises de pentes ont été moins prononcées. D'où un vent affaibli mais de direction inchangée.

C'est sur la côte ouest, « sous le vent », que l'effet de l'éclipse sur le vent a été le plus sensible. Les baisses de rayonnement et de température induites ont modifié le régime des brises. Ce phénomène a été parfaitement mesuré à la station de Pointe des Trois-Bassins. La figure 6 montre l'évolution classique des force et direction du vent en cette saison le 31 août 2016, soit la veille de l'éclipse. Rappel : ajouter 4h pour avoir les heures locales. La nuit, jusqu'à 6h30 (2h30 UTC) le vent est faible d'est (brise de terre). Progressivement, la brise de mer prend le relais. Le vent se renforce légèrement et est établi à l'ouest-nord-ouest. A 13h (9h UTC), le vent devient subitement fort de sud. C'est la composante de brise de mer qui ramène le flux d'alizé - qui contourne le relief - sur les plages. Puis à 19h30 (15h30 UTC), la brise de terre revient (vent faible).

On peut maintenant comparer avec le jour de l'éclipse (figure 7). Même chronologie jusqu'à 13h30 (9h30 UTC) où le vent fort de sud apparaît. Mais ce n'est que provisoire. Au moment de l'occultation maximale du soleil (10h10 UTC), la composante de brise de mer, amoindrie par les températures plus fraîches sur terre, n'est plus assez forte pour ramener le fort vent sur les plages. Après l'éclipse, le vent se renforce légèrement mais sans atteindre les valeurs de la veille. Puis à 18h30 (14h30 UTC), la brise de terre revient de façon tout à fait habituelle.

La pression

Il est difficile de détecter une influence du phénomène sur la pression car celle-ci connaît une variation semi-diurne dont l'un des minimums habituels a coïncidé avec l'heure de l'éclipse (figure 8).