Le changement climatique à La Réunion
 

Le contexte

Dans son 5ème rapport, le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) dresse un bilan complet de l'état des connaissances sur le changement climatique d'échelle global. Le rapport indique que les impacts en termes de température, précipitation, tempêtes et cyclones ou encore niveau de la mer pourront être très différents d'une région à l'autre du globe. Les changements régionaux attendus restent peu documentés (en particulier pour le Sud-Ouest de l'océan Indien). Les évolutions climatiques d'ici la fin du siècle pour notre région et plus précisément pour La Réunion doivent donc être précisés afin d'apporter de l'information utile en support des politiques régionales d'adaptation au changement climatique. Ces derniers mois et dans la perspective de la COP21 qui se tiendra à Paris fin 2015, le bureau d'étude de la Direction Interrégionale de Météo-France pour l'Océan Indien (DIROI) a mené un certain nombre de travaux pour progresser et affiner le constat (tendances observées) et les projections climatiques à l'échelle de notre territoire.

Le constat actuel (2015)

► Les températures
 
Au niveau global (source: 5ème rapport GIEC) : Anomalies de températures moyennes observées en surface, combinant les terres émergées et les océans, de 1850 à 2012, tirées de trois ensembles de données.
-  Partie supérieure : valeurs moyennes annuelles.
- Partie inférieure: valeurs moyennes décennales comprenant l'estimation d'incertitude pour un ensemble de données (noir). Les anomalies dans ce rapport sont relatives à la moyenne sur la période 1961−1990.
 
anomalie température

Pour La Réunion :
Le diagnostic sur l'évolution de la température  est réalisé à partir des données issues de 6 postes possédant des mesures depuis au moins 40 ans, situés à diverses altitudes et sur différents secteurs de l'île. L'analyse des tendances révèle une hausse significative des températures moyennes sur l'ensemble de ces postes de l'ordre de 0,15°C à 0,2°C par décennie (soit un peu moins de 1°C en un demi-siècle)

 

► Les précipitations  
 
L'analyse des tendances sur 40 postes de mesure pluviométrique possédant des données depuis au moins 40 ans montre une plus grande hétérogénéité spatiale que pour la température en raison du relief marqué de l'île. La carte ci–contre montre la tendance (en pourcentage par décennie) sur le cumul annuel des précipitations depuis 1970.
Seule la région sud-ouest subit une évolution statistiquement significative à la baisse (entre -6% et -8% par décennie).
Sur les autres régions, on observe des tendances qui restent faibles et non significatives au regard de la variabilité propre du phénomène.
 

L'élaboration de tendances climatiques sur les phénomènes extrêmes tels que les fortes pluies ou encore les sécheresses est complexe du fait des échantillons trop limités marqués par une forte variabilité interannuelle et inter décennale. Pas de tendance visible sur l'occurrence des épisodes de pluies intenses à la Réunion.

 

 

► Les cyclones
 
L'activité cyclonique sur le bassin sud-ouest de l'océan Indien présente une forte variabilité interannuelle et inter décennale. Aucune tendance n'est, dans l'état actuel des connaissances, décelable sur le nombre de systèmes tropicaux affectant notre région durant les 40 dernières années.
Comme le rappellent les scientifiques du GIEC, l'évolution des cyclones, à la fois en fréquence et en intensité, est incertaine. Les experts s'accordent toutefois sur une augmentation des précipitations associés à un système tropical et la possibilité que les cyclones les plus intenses puissent évoluer à des latitudes plus australes
   

Pic d'intensité des cyclones :
Les travaux en cours à Météo-France Réunion (ré-analyse de données cyclones) mettent en évidence une migration significative des pics d'intensité des cyclones très intenses vers le sud sur les 30 dernières années sur le bassin du Sud-Ouest de l'océan Indien.
Le graphique ci-contre (axe des abscisses = les années ; axe des ordonnées = la distance par rapport à l'équateur en km) permet de visualiser l'évolution de la distance à l'équateur du maximum d'intensité des cyclones très intenses ayant intéressé notre bassin cyclonique entre 1980 et 2015. 
(la carte en arrière-plan sur le graphique n'est là que pour se rendre compte du positionnement du maximum des cyclones très intenses par année en latitude mais, en aucun cas, en longitude).

 

 

 

Cette tendance confirme les récents travaux publiés par Kossin & al à l'échelle globale.

Source graphique : The poleward migration of the location of tropical cyclone maximum intensity. James P. Kossin, Kerry A. Emanuel & Gabriel A. Vecchi Nature 509,349–352 (15 May 2014) doi : 10.1038/nature13278.

 

 

La projection (pour la fin du siècle)

► Des températures moyennes plus élevées


Les cartes présentées ci-contre, réalisées à partir des modèles gloabaux climatiques (CMIP5), montrent un réchauffement plus important sur Madagascar et le continent africain que sur les petites îles comme La Réunion.

La hausse des températures devrait être plus élevée pendant la saison chaude, augurant de périodes de fortes chaleurs plus fréquentes.

Sur La Réunion, la hausse des températures prévue pour la fin du siècle s'établit dans une fourchette comprise entre 1,7 et 2,6°C selon les 2 scénarios étudiés (RCP6.0 et RCP8.5*).
Cette estimation se situe dans la fourchette basse du réchauffement global qui est compris entre 1,4°C et 4,8°C pour les mêmes scénarios.

► Des alizés plus vigoureux en hiver
 
Les saisons d'hiver de cette fin de siècle seront vraissemblablement marquées par la présence d'un anticyclone plus puissant au Sud-Est de La Réunion.
Ce renforcement des hautes pressions subtropicales devrait induire une accélération des alizés sur les Mascareignes pendant les mois d'hiver, la saison où les alizés soufflent déjà avec force.
 
Le graphique, ci-contre, montre l'amplitude de l'augmentation de la vitesse du vent par les simulations climatiques selon les scénarios et les saisons sur la surface océanique des Mascareignes.
Les valeurs indiquées sont faibles mais il s'agit de valeurs moyennes et qui ne tiennent pas compte de l'effet d'accélération dû au relief de l'île.
Il faut donc s'attendre pour le futur à des épisodes plus "soutenus" d'alizés en hiver.

► Impacts sur les précipitations  

 

En été : Les moyennes des simulations climatiques montrent un signal de grande échelle plutôt neutre sur les précipitations de la saison chaude sur les Mascareignes pour la fin du siècle. L'incertitude est accentuée par la grande variété des scénarios proposés par chaque modèle.
Une modélisation à échelle plus fine réalisée par Météo-France suggère un allongement de la période concernée par les événements pluvieux extrêmes vers les mois d'avril et mai.

 

En hiver : L'impact du changement climatique sur les précipitations se manifeste de 2 façons :
1 - Tout d'abord, un signal de grande échelle de baisse globale des précipitations couvrant une vaste zone géographique s'étendant sur les latitudes subtropicales pendant les mois d'hiver.
Les Mascareignes sont concernées par cette zone de baisse.
2 - A l'échelle de l'île, le renforcement des alizés pourrait accroître le contraste de pluviométrie entre les zones au vent et les zones sous le vent.

Les micro-régions du Sud-Ouest de l'île seront les plus impactées par ces changements avec une baisse des précipitations pendant une saison déjà très peu arrosée.

Modèle ALADIN climat 12 km
Une simulation climatique régionale à haute résolution (modèle ALADIN-climat 12km de Météo-France) centrée sur l'ile de La Réunion permet d'illustrer et de quantifier plus précisément l'impact du réchauffement d'échelle planétaire sur les précipitations locales d'ici la fin du siècle.
 L'exploration des résultats suggère :

- Annuellement : des pluies moins fréquentes mais plus intenses (notamment pour le RCP 8.5*).
 
- Saison des pluies : une augmentation des précipitations (de +10 à +20%) pendant la saison d'été austral pour le scénario RCP8.5* avec un prolongement de cette saison dite des "pluies" sur le mois d'avril voire mai.
 - Saison sèche : Une baisse des précipitations pour le scénario RCP8.5* pendant la saison dite "sèche" sur une grande moitié ouest de l'île (de -10 à -20%).
On retiendra donc de cette simulation un signal fort d'augmentation à la fois du contraste saisonnier mais également du contraste géographique (zone au vent / zone sous le vent) pendant l'hiver austral.

► Niveau de la mer

 

Le niveau moyen de la mer à l'échelle du globe s'est élevé de 0,19 [0,17 à 0,21] m, selon une estimation reposant sur une tendance linéaire entre 1901 et 2010 établie sur la base de relevés de marégraphes complétés par des données satellitaires à compter de 1993.
Les principaux facteurs de variation du volume des océans sont l'expansion du volume d'eau océanique due au réchauffement et l'écoulement dans les océans de l'eau stockée sur les continents, en particulier dans les glaciers et les nappes glaciaires.

Le niveau moyen mondial des mers continuera à s'élever au cours du XXIe siècle. L'élévation moyenne du niveau des mers pour 2100 sera probablement comprise entre 30 cm et 1 m selon le scénario retenu :
- pour le RCP6.0* : entre 0,4 et 0,8 m
- pour le RCP8.5* : entre 0,5 et 1 m.
Les mesures réalisées par les satellites altimétriques depuis le début des années 1990 permettent de dresser une carte globale de la vitesse de hausse du niveau des mers, révélant ainsi que ce niveau n'augmente pas uniformément sur le globe. Dans certaines régions, le niveau de la mer a augmenté 3 à 4 fois plus vite entre 1993 et 2013 que la moyenne globale.
Ceci s'explique en grande partie par le fait que les océans ne stockent pas la chaleur qu'ils emmagasinent de manière homogène. Cette énergie accumulée est redistribuée par la circulation océanique propre à chaque région du globe, créant ainsi des fortes différences spatiales dans la structure thermique de l'océan et donc dans la hausse du niveau marin (effet de la dilatation).